L’Espagne et l’Europe entre le prix de la guerre russo-ukrainienne et les enjeux de l’avenir

Préparé par : Ali Fawzy, chercheur en affaires internationales
Traduit vers le français par : Yousra Mohamed Massoud
Le continent européen vit au rythme d’une guerre de longue durée en Ukraine, au milieu de tentatives continues visant à élaborer une issue politique garantissant la sécurité et la stabilité, sans pour autant accorder de concessions stratégiques à la Russie. Dans ce contexte, l’Espagne est apparue comme un acteur actif, adoptant une ligne constante en stabilisant son soutien militaire et économique à Kiev, parallèlement à sa participation aux discussions européennes sur les « garanties de sécurité » futures.
Dans le même temps, l’Europe s’efforce de trouver un équilibre entre les pressions de la guerre, les défis liés aux dépenses de défense et la gestion de l’instabilité de la situation américaine à l’époque du président Donald Trump.

L’Espagne : soutien militaire et bureau pour la reconstruction de l’Ukraine
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a affirmé que la fin de la guerre en Ukraine représente une priorité majeure pour Madrid, à condition que la paix soit « juste et durable ». Dans ce cadre, le gouvernement a mis en œuvre un programme d’aide pour 2025 d’une valeur d’un milliard d’euros, selon un accord bilatéral de sécurité à long terme avec Kiev. Ce paquet comprend des munitions, des blindages, des systèmes de défense aérienne et une formation militaire. Il constitue la continuité des engagements pris l’année précédente, qui incluaient la fourniture de missiles Patriot, de chars Leopard 2A4, d’équipements anti-drones, ainsi que le soutien aux opérations de déminage.
La présence espagnole ne se limite pas à l’aspect militaire. Madrid a également annoncé la création d’un bureau pour la reconstruction de l’Ukraine, dont le siège est établi dans la capitale espagnole, afin de coordonner le financement et la participation économique aux efforts de reconstruction. Ainsi, le gouvernement cherche à concilier l’aspect militaire et sécuritaire d’une part, et le volet économique et de développement d’autre part.
La position européenne : une unité politique malgré certaines disparités
Au niveau européen, les dirigeants de l’Union européenne ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine et à son droit de choisir sa voie politique et sécuritaire. Toutefois, la Hongrie a refusé d’adhérer au dernier communiqué commun, ce qui reflète la persistance de certaines divergences dans la position européenne.
Des rapports européens évoquent l’élaboration d’un paquet de garanties de sécurité incluant le renforcement des défenses aériennes ukrainiennes, le déploiement d’une force internationale chargée de surveiller tout cessez-le-feu, ainsi que la réorganisation des capacités de l’armée ukrainienne. Ces propositions visent à combler le vide sécuritaire, sans pour autant intégrer directement l’Ukraine à l’OTAN, ce qui suscite de vastes discussions au sein des capitales européennes.
En matière de dépenses de défense, le total des aides européennes via l’OTAN a atteint environ 35 milliards d’euros depuis le début de 2025. Cependant, les pressions s’intensifient sur les gouvernements européens, à cause du rapprochement du but de 2% du produit national consacré à la défense.
L’Espagne illustre bien cet équilibre difficile, son gouvernement étant confronté à un débat interne entre les priorités en matière de depenses sociales et les impératifs de défense.
La rencontre du président américain avec Zelensky et les dirigeants européens
Le 18 août, la Maison-Blanche a accueilli un sommet réunissant le président américain Donald Trump, le président ukrainien Volodymyr Zelensky et plusieurs dirigeants européens. Bien qu’il ait été présenté comme une « démonstration de force diplomatique », ce sommet n’a pas apporté de résultats concluants en matière de garanties de sécurité.
Les institutions de recherche américaines, telles que le Conseil des relations étrangères et l’Atlantic Council, ont estimé que l’Europe devait désormais transformer ses déclarations politiques en plans de mise en œuvre concrets et financés à long terme. La réunion est intervenue après un entretien entre Trump et le président russe Vladimir Poutine en Alaska, qui a constitué un gain symbolique pour le Kremlin et incité les Européens à « contenir les dégâts » en accélérant le processus de garanties.
Sur le plan militaire, des rapports de l’« Institut pour l’étude de la guerre » confirment la poursuite des opérations russes intensives, réduisant ainsi les chances d’un règlement rapide, à moins que des garanties de sécurité fiables ne soient mises en place. Cette question a également été discutée lors de la réunion des chefs d’état-major de l’OTAN, le 20 août, où l’accent a été mis sur le soutien continu à l’Ukraine et sur la nécessité de relier la trajectoire politique à la réalité du terrain.
L’avenir de l’Europe entre scénarios de guerre et de paix
Face à ces évolutions, les Européens envisagent trois scénarios principaux dans les prochains mois :
- Une paix surveillée par un cessez-le-feu conditionnel : ce scénario implique l’instauration d’un cessez-le-feu supervisé par une mission multinationale, tout en renforçant la défense aérienne ukrainienne et en reconstruisant l’armée. Toutefois, il pourrait entrer en conflit avec les conditions russes, qui visent à donner à Moscou un rôle direct dans les arrangements sécuritaires, ce que rejettent la plupart des capitales européennes.
- La poursuite d’une guerre d’usure : si la voie politique échoue, la guerre risque de s’éterniser, imposant à l’Europe un fardeau militaire et financier croissant. Le dépassement du seuil des 2 % du PIB consacré à la défense deviendrait alors inévitable, avec des différences selon la capacité des États à mettre en œuvre cette exigence.
- La transformation de la défense européenne : si l’Europe parvient à transformer la « déclaration de la Maison-Blanche » en un véritable système de garanties, cela pourrait marquer un tournant vers une plus grande autonomie décisionnelle en matière de défense, l’OTAN restant toutefois un cadre de référence. Dans ce contexte, l’Espagne pourrait tirer profit de ses industries de défense, de son expertise en cybersécurité et de son rôle croissant dans la reconstruction de l’Ukraine.
Conclusion
Aujourd’hui, l’Espagne avance sur trois axes parallèles : un soutien militaire direct à l’Ukraine, la mise en place d’une structure de reconstruction et une augmentation progressive des dépenses de défense malgré les controverses internes. Quant à l’Europe, elle apparaît plus unie politiquement qu’au début de la guerre, mais elle n’a pas encore mis en place de véritables garanties de sécurité pratiques et contraignantes.
Alors que Washington poursuit ses positions fluctuantes, les Européens se retrouvent face à un choix historique : se limiter à des réactions temporaires, ou construire un système de sécurité et de défense indépendant leur garantissant la stabilité dans un monde en mutation.


