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Après les outils de paiement locaux : l’Afrique est-elle économiquement indépendante de l’impérialisme du dollar ?

Écrit par : Abd El Ghany Diab
Traduit et révisé par : Yousra Mohamed Massoud

Face aux ambitions croissantes et aux transformations géopolitiques, l’Afrique avance à grands pas pour restaurer sa souveraineté monétaire et diversifier les mécanismes de financement de son commerce intra-africain. L’expérience de la Banque africaine d’exportation et d’importation (Afreximbank) avec le système de paiement et de règlement panafricain (PAPSS), ainsi que les initiatives visant à promouvoir l’intégration économique, apparaissent comme des alternatives crédibles face à la domination traditionnelle du dollar. Cependant, le chemin reste jalonné de défis, allant d’une structure financière fragile aux répercussions des dégradations de notation.

Histoire et développement de la Banque africaine

En 2024, Afreximbank a enregistré un bénéfice net de 973,5 millions de dollars, soit une progression de 29 % par rapport à l’année précédente. Ses revenus totaux ont atteint 3,3 milliards de dollars et ses actifs se sont accrus pour atteindre 40,1 milliards de dollars. La banque ambitionne également de doubler le financement du commerce intra-africain, passant de 20 milliards de dollars en 2021 à 40 milliards de dollars d’ici 2026, traduisant sa volonté de devenir un bras financier régional capable de concurrencer les grandes institutions internationales.

PAPSS : le nouveau cœur des paiements

Le système PAPSS est l’un des instruments les plus stratégiques de libéralisation financière sur le continent. Il a déjà rallié 16 banques centrales et plus de 140 banques commerciales, avec le lancement d’un marché pilote permettant les transactions dans 12 devises locales. Ce mécanisme permet d’économiser environ 5 milliards de dollars par an en frais de change et réduit le délai de règlement de plusieurs jours à seulement quelques secondes.

En 2024, le commerce intra-africain s’élevait à environ 220,3 milliards de dollars, en hausse de 12,4 % par rapport à 2023. Toutefois, il ne représente encore que moins de 15 % du commerce total africain (estimé à 1,5 billion de dollars), révélant l’existence d’un potentiel considérable encore inexploité.

Défis financiers et enjeux de notation

Malgré ces avancées, l’organisation reste confrontée à des pressions multiples. Des agences de notation comme Moody’s et Fitch ont abaissé la note de la banque, invoquant les risques élevés associés aux prêts non garantis accordés à des pays en crise tels que le Ghana ou la Zambie. De leur côté, les instances de l’Union africaine ont contesté ces évaluations, soulignant que ces prêts reposent sur des accords internationaux solides et ne sont pas véritablement en défaut de paiement.

Cette bataille autour des notations reflète la lutte pour préserver l’image de la banque et maintenir la confiance des investisseurs dans sa capacité à piloter le projet d’indépendance financière du continent.

Par ailleurs, Afreximbank a financé d’importants projets de commerce du pétrole et des matières premières, comme celui d’Atmin, à hauteur de 3 milliards de dollars. Ces initiatives illustrent ses efforts pour mettre en place de nouveaux instruments souverains en marge du système financier occidental. Toutefois, elles risquent de se heurter à une pression politique accrue de la part des États-Unis, notamment dans le cadre de la rhétorique électorale de Donald Trump, qui agite la menace de sanctions renforcées contre les économies émergentes cherchant à s’affranchir de la centralité du dollar.

Conclusion

L’expérience du PAPSS contribue à poser les bases d’un cadre financier africain plus autonome, réduisant la dépendance au dollar et démontrant le potentiel d’intégration économique du continent. Néanmoins, le projet demeure exposé à des défis liés au crédit et à sa mise en œuvre. Le succès dans la construction de systèmes de paiement locaux, associé à l’expansion d’Afreximbank dans la finance intra-commerce, représente un changement fondamental. Mais cette transformation ne sera durable que si elle est soutenue par la transparence financière, la gestion du risque de crédit et un soutien politique et institutionnel renforcé au sein du continent.

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